SLA autour de l’étang de Thau : une toxine présente dans les fruits de mer suspectée

Dans l’Hérault, la prévalence anormalement élevée de la SLA fait suspecter l’implication d’une toxine libérée par une cyanobactérie présente dans les fruits de mer.

Toulouse, France L’exposition à la toxine BMAA (β-N-Méthylamino-L-alanine), produite par des cyanobactéries marines, pourrait expliquer le sur-risque de sclérose latérale amyotrophique (SLA) constaté autour d’une lagune du Sud de la France. C’est du moins ce que suggère une étude de l’équipe du Pr William Camu (CHU de Montpellier), qui est intervenu lors des Journées de neurologie de langue fran çaise (JNLF) [1].

Connue également sous le nom de maladie de Charcot, la SLA est une maladie neurodégénérative grave, se traduisant par une paralysie progressive des muscles impliqués dans la motricité volontaire. Le décès survient rapidement, dans les trois à cinq ans qui suivent le diagnostic.

Consommation de fruits de mer

La SLA est liée à la mort progressive des motoneurones, les cellules contrôlant les muscles volontaires. Dans 90% des cas, elle survient chez des personnes sans risque génétique familial. Ce qui a, depuis longtemps, amené à suspecter l’influence de facteurs environnementaux.

Plusieurs travaux ont suggéré un lien avec l’absorption de la toxine BMAA, produite par des cyanobactéries marines, nommées algues bleu-vert, notamment via la consommation de fruits de mer contaminés. « Sans que le lien de causalité ne soit, pour autant, établi », précise le neurologue.

Le cas d’école du Charcot de l’île de Guam

Le lien avec l’intoxication par le BMAA a été pour la première fois évoqué après l’étude d’une forme de SLA, observée sur l’île de Guam, dans le Pacifique. Dans les années 1950, les médecins militaires américains y avaient constaté une incidence près de 150 fois plus élevée qu’aux Etats-Unis.

Les chercheurs ont observé « une concentration extrêmement élevée de BMAA » dans le cerveau de malades décédés de cette forme, dite de Guam, combinant SLA et démence de type Alzheimer, selon le Pr Camu. Il s’est avéré que l’intoxication provenait de la consommation de graines de l’arbre cyca, riches en BMAA, mais aussi de chauve-souris, elles-mêmes friandes de ces graines.

Après l’extermination de la population autochtone de chauve-souris et la modification du régime alimentaire des habitants de l’ile, sous l’influence de la culture américaine, l’incidence de la maladie a nettement chuté, a expliqué le neurologue. « Elle reste encore cinq fois plus élevée », comparativement à la population mondiale.

 D’autre travaux américains ont également souligné le nombre de cas anormalement élevés de SLA autour de bassins de bord de mer, contenant des taux élevés de BMAA, en raison de la présence de cyanobactéries. « Dans ces régions, certains patients atteints de SLA avaient une consommation élevée de crustacés. »

Le lien avec l’intoxication par le BMAA a été pour la première fois évoqué après l’étude d’une forme de SLA, observée sur l’île de Guam, dans le Pacifique. Dans les années 1950, les médecins militaires américains y avaient constaté une incidence près de 150 fois plus élevée qu’aux Etats-Unis.

Etang de Thau: deux fois plus de risque de SLA

Avec ses collègues de la clinique du motoneurone et pathologies neuromusculaires du CHU de Montpellier, le Pr Camu a pu constater un phénomène similaire dans le sud de la France, autour de l’étang de Thau, qui borde la ville de Sète. La zone est connue pour son importante production de moules et d’huitres.

Selon l’étude, le risque de développer une SLA est donc 2,24 fois plus élevé, comparativement à la population générale.

Publiée en 2013, leur étude épidémiologique a repris les données concernant les 381 patients ayant développé une SLA entre 1994 et 2009 dans le département de l’Hérault. Les chercheurs ont constaté une agrégation de cas dans les 26 communes proches de l’étang.

Ainsi, entre 2002 et 2009, 68 cas ont été enregistrés sur ces communes, soit une incidence de 5,1 cas de SLA pour 100 000 habitants. Selon l’étude, le risque de développer une SLA est donc 2,24 fois plus élevé, comparativement à la population générale [2].

Des mesures complémentaires ont révélé la présence de cyanobactéries productrices de BMAA dans les eaux de la lagune, avec un pic pendant la période estivale. Les taux de BMAA présents dans les moules et les huitres sont alors deux à trois fois plus élevés.

Similitude avec le prion

En dehors de la consommation de ces bivalves, l’inhalation de BMAA est également évoquée, via des aérosols formés à la surface de l’eau, sous l’effet du vent. « Des travaux ont montré qu’il est possible d’inhaler jusqu’à 1g de BMAA par jour, en cas de vents importants », indique le Pr Camu.

Une fois dans l’organisme, la toxine BMAA, dont la structure est proche de celle d’un acide aminé, est incorporée dans les protéines, en se substituant à la sérine. Elle induit ainsi une modification de la structure de la protéine, qui devient non fonctionnelle.

Comme dans beaucoup de maladies neurodégénératives, « le mécanisme est proche de celui observé pour le prion », selon le neurologue. Dans le cas de la SLA, la toxine induirait une altération des protéines SOD1, « qui composent 25% des protéines des motoneurones ».

La maladie se déclarerait des années après l’exposition, comme dans le cas des maladies à prion, « peut-être plus de 20 ans après ». D’autre recherches devront être menées pour tenter de confirmer ce lien.

Autres facteurs potentiels

Si le rôle de l’environnement dans le développement de la SLA est fortement suspecté, aucun facteur déclenchant n’a pu être clairement mis en évidence. Le Pr Camu a exposé les différents facteurs environnementaux potentiellement impliqués.

L’exposition aux métaux lourds a été l’un des premiers facteurs suspectés. « L’association avec une intoxication au mercure ou au plomb apparait la plus convaincante », estime le neurologue. De plus, « le mercure renforcerait le rôle de la toxine BMAA dans le développement de la maladie ».

Autres facteurs : le tabagisme et la pollution atmosphérique, avec une corrélation apparaissant pour des taux élevés de dioxyde d’azote ou de particules fines dans l’atmosphère. Les pesticides sont également fortement suspectés.

L’activité sportive intense est aussi présentée comme un potentiel facteur de risque, surtout lorsqu’elle est associée à un risque élevé de blessures à la tête.

Source : SLA autour de l’étang de Thau : une toxine présente dans les fruits de mer suspectée

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